TEXTES : LA REMISE DES PECHES

 

1 - Madame Chantal GUILLERMAIN 23 avril 2020

 

REMETTRE ou RETENIR les péchés

A qui vous remettrez les péchés, ceux-ci leur seront remis ; à qui vous les retiendrez, ils seront retenus. (Jn 20,23)

Cette affirmation du Christ Ressuscité nous choque : essayons d’y voir un peu clair !

Rappelons un principe de base pour la lecture de la Bible : quand, dans l‘Ecriture, une parole me heurte, c’est ma compréhension, mon interprétation que je dois examiner, voire critiquer, en premier lieu : est-ce que je laisse le soupçon m’envahir ou bien est-ce que je fais confiance à la parole de Dieu, en tentant d’y découvrir une Bonne Nouvelle ?

Soupçon : souvenez-vous que cette attitude a été instillée comme un poison au cœur d’Adam et d’Eve. Elle est prête à resurgir, à m’envahir de nouveau.

Confiance : c’est l’attitude de la foi, l’humilité accueillante qui est toujours à rechercher, à cultiver devant la Parole de Dieu

Après ces préliminaires, que nous dit le texte ?[1]

  1. Jésus s’adresse aux « disciples » : mais qui sont-ils ?

Jean n’ignore pas la distinction entre « disciples » et « Douze » (6,66). « L’appellation ‘disciples’, constante dans le 4ème évangile, met l’accent sur l’adhésion à Jésus ; les disciples sont à la fois les disciples historiques de Jésus de Nazareth et les représentants des disciples à venir ». On ne peut donc pas attribuer cette phrase uniquement aux douze apôtres et à leurs successeurs.

  1. Ne majorons pas l’aspect négatif de la 2nde partie de la phrase :  ils seront retenus en la séparant de la première partie :  ils seront remis. « La formulation positif/ négatif relève du style sémitique qui exprime la totalité par un couple de contraires. » Dans la Genèse, « l’arbre à connaître le bien et le mal » représente la connaissance totale, de tout ce qui est. Dans l’évangile, Jean emploie beaucoup ce procédé de style : lumière et ténèbres – nuit et jour – donner et reprendre…  Le bon Berger fait « entrer et sortir » les brebis, ce qui veut dire qu’il les mène partout à sa suite. Ici remettre/ retenir les péchés signifie que les pleins pouvoirs par rapport aux péchés sont confiés aux disciples de Jésus. « La totalité du pouvoir miséricordieux leur est transmis par le Ressuscité. La tournure passive « leur seront remis ou retenus » implique que c’est Dieu l’auteur du pardon ». On peut remarquer que depuis toujours Dieu exerce cette toute puissance sur le péché, vis-à-vis de l’homme ; mais il l’exerce, pourrait-on dire à sens unique, et l’on n’a jamais vu le Christ maintenir les péchés ! Comment donc inviterait-il ses disciples à le faire ?

  1. La médiation du pardon divin est confiée à la communauté des disciples après que Jésus leur a donné la paix, sa paix, par deux fois et l’Esprit Saint.

La paix est un don effectif et pas seulement un souhait, un don divin qui exprime plus que l’absence des conflits, mais la réussite et l’harmonie bienheureuse de toutes les relations humaines.

L’Esprit Saint est donné dans le souffle qui rappelle celui de la création, il s’agit d’une régénération complète.

Paix, Esprit Saint et pardon sont donc indissociables pour une délivrance et une recréation.

En leur donnant la paix, Jésus pardonne à ses disciples leur incrédulité, leur abandon dans la nuit de la Passion et jusqu’à sa mort sur la croix qu’illustre les plaies qu’il leur montre. En leur communiquant son Esprit libérateur, il les envoie délivrer, à leur tour, et pardonner en son nom.

 

  1. Le pardon des péchés fait partie de la mission que Jésus confie à ses disciples : comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. La mission de Jésus se poursuit dans celle des disciples. Jésus les associe aux pleins pouvoirs qu’il a reçus du Père, dont le pouvoir sur les péchés.

A trop insister sur le caractère négatif de la tournure que nous examinons, on gommerait toutes les affirmations du 4ème évangile au sujet du pardon, du salut, du don de la vie qui y sont inscrites … : entre autres, la délivrance de l’aveugle, la guérison du paralytique, où cécité et infirmité sont des synonymes du péché.

Jésus partage à ses disciples sa mission, sa capacité de libérer l’homme du péché ; le péché que l’Agneau de Dieu porte et enlève (1,29).

Jésus leur partage le pouvoir du Fils envoyé par l’amour infini de Dieu pour sauver le monde (3,17).

« La Tradition catholique interprète, légitimement, ce texte comme fondement scripturaire du sacrement de réconciliation… La Tradition protestante n’est pas à écarter pour autant. Tout baptisé croyant à la résurrection du Christ est responsable de la miséricorde et du pardon dans la communauté. Le pardon n’est pas réservé au ministère presbytéral, dans l’exercice du sacrement. Recevoir l’Esprit Saint c’est être pardonné, et être pardonné, c’est pardonner à son tour. L’Esprit Saint accorde à qui le reçoit les pleins pouvoirs sur le péché. »

Chantal GUILLERMAIN

23 avril 2020


[1] Réflexions puisées dans les études de Xavier Léon-Dufour et Yves Simoens sur l’Evangile selon St Jean.

 

 

 

2 -  Père Jean PHILIBERT 28 avril 2020

Chers amis,

La question soulevée par Roger Mattei à propos du passage de l’évangile selon saint Jean 20, 21-23 (et pas seulement le v. 23) a permis à Chantal Guillermain de nous éclairer par une approche biblique riche et ouverte. Je me permets d’ajouter à son 4e point (« Le pardon des péchés fait partie de la mission que Jésus confie à ses disciples ») ce que rapporte l’évangéliste Luc (24, 46-49) au sujet des dernières instructions de Jésus aux apôtres, « après leur avoir ouvert l’esprit à l’intelligence des Ecritures » :

« Ainsi était-il écrit que le Christ souffrirait et ressusciterait d’entre les morts le troisième jour et qu’en son Nom le repentir (metanoïa) en vue de la rémission des péchés serait proclamé à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. De cela vous êtes témoins. Pour moi, voici que je vais envoyer sur vous ce que mon Père à promis. Vous donc, demeurez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la force d’en-Haut ».

[Et j’ajoute encore au dernier paragraphe du texte de Chantal que c’est à partir de cette citation de Luc que nos frères protestants contestent le sacrement de Pénitence-Réconciliation. Ils assurent que Dieu pardonne, mais aucun ministre ne peut être ministre du pardon car il n’y a pas d’intermédiaire autre que le Christ, entre Dieu et l’homme…]

La résurrection du Christ et le don de l’Esprit-Saint (Pentecôte) fondent la rémission des péchés, déjà annoncée au cours du dernier repas (Cène) de Jésus avec ses disciples et dit chaque jour dans les paroles de consécration : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle qui sera versé pour vous et pour la multitude, en rémission des péchés. »

Lorsque nous sommes confrontés à une question biblique difficile à résoudre - comme ici le couple « remettre ou retenir les péchés », ou encore « lier et délier », bénir et maudire - soit on « bloque », soit on s’emploie à « élargir encore l’espace de notre tente » (Isaïe 54, 2) pour que l’Evangile demeure inconditionnellement, et pour tous, une vraie « bonne nouvelle ». C’est ce qu’énonçait Chantal dans son « principe de base pour la lecture de la Bible ».

C’est dans ce sens que je me propose d’apporter ma pierre à l’édifice par quelques réflexions sur le Baptême et l’Eucharistie, deux sacrements pour une foi heureuse dont on a envie de témoigner.

Quand nous récitons le Credo (Symbole de Nicée-Constantinople), nous confessons la foi de l’Eglise qui affirme : Je reconnais un seul baptême pour le pardon des péchés. Et dans le Symbole des Apôtres : Je crois… à la rémission des péchés. Dans cette ligne, il faut relire saint Paul, notamment le chapitre 8 de la Lettre aux Romains (v. 1-2) qui commence ainsi : Il n’y a donc plus de condamnation pour ceux qui sont dans le Christ Jésus. Car la loi de l’Esprit qui donne la vie dans le Christ Jésus t’a affranchi de la loi du péché et de la mort. Mais aussi le prologue de sa Lettre aux Ephésiens (1, 7) : En Lui (Christ) nous trouvons la rédemption, par son sang, la rémission des fautes, selon la richesse de sa grâce… Ou encore, dans sa Lettre aux Colossiens (1, 13-14) : Il (Dieu) nous a en effet arrachés à l’empire des ténèbres et nous a transférés dans le royaume de son Fils bien-aimé, en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés. Pour Paul, n’en doutons pas, il y a donc quelque chose de définitivement accompli et réalisé en Christ : la rémission des péchés.

Le sacrement qui dit cela, c’est le Baptême. Non seulement nous avons été « plongés » dans la mort avec le Christ pour ressusciter avec lui, mais les effets produits en nous de la grâce baptismale sont magistralement enseignés dans le Catéchisme de l’Eglise catholique dont je retiens trois numéros (avec leur titre) :

Un seul baptême pour le pardon des péchés

N° 978. " Au moment où nous faisons notre première profession de Foi, en recevant le saint Baptême qui nous purifie, le pardon que nous recevons est si plein et si entier, qu’il ne nous reste absolument rien à effacer, soit de la faute originelle, soit des fautes commises par notre volonté propre, ni aucune peine à subir pour les expier (...)

Pour la rémission des péchés ...

N° 1263. Par le Baptême, tous les péchés sont remis, le péché originel et tous les péchés personnels ainsi que toutes les peines du péché (cf. DS 1316). En effet, en ceux qui ont été régénérés il ne demeure rien qui les empêcherait d’entrer dans le Royaume de Dieu, ni le péché d’Adam, ni le péché personnel, ni les suites du péché, dont la plus grave est la séparation de Dieu.

J’y ajoute le N° 1426 qui, en réponse au pardon infini de Dieu miséricordieux, reconnaît la nécessité de notre conversion pour « demeurer » dans la grâce originelle de notre baptême :

Pourquoi un sacrement de Réconciliation après le Baptême ?

N° 1426. La conversion au Christ, la nouvelle naissance du Baptême, le don de l’Esprit Saint, le Corps et le Sang du Christ reçus en nourriture, nous ont rendu " saints et immaculés devant lui " (Ep 1, 4), comme l’Église elle-même, épouse du Christ, est " sainte et immaculée devant lui " (Ep 5, 27). Cependant, la vie nouvelle reçue dans l’initiation chrétienne n’a pas supprimé la fragilité et la faiblesse de la nature humaine, ni l’inclination au péché que la tradition appelle la concupiscence, qui demeure dans les baptisés pour qu’ils fassent leurs preuves dans le combat de la vie chrétienne aidés par la grâce du Christ (cf. DS 1515). Ce combat est celui de la conversion en vue de la sainteté et de la vie éternelle à laquelle le Seigneur ne cesse de nous appeler (cf. DS 1545 ; LG 40).

Voilà la vraie « bonne nouvelle » à recevoir et à transmettre. Nous savons que « du côté de Dieu » tout est accompli de la rémission et du pardon de nos péchés en raison de la mort et de la résurrection du Christ. Oui, « tout est accompli » sur la Croix, comme a su l’exprimer la mystique allemande Adrienne von Speyr (1902-1967)[1] : « C’est de la croix que le Ressuscité, en tant qu’Epoux de l’Eglise, confère l’absolution chrétienne définitive ». De notre côté, notre conversion (metanoïa) nous invite à « coller » le plus possible à notre filiation divine, à l’appel à la sainteté, à notre destinée unique qu’est le ciel, par une vie fidèle à l’Evangile qui se résume, comme le dit Jésus lui-même, dans le double commandement l’amour de Dieu et du prochain (cf. Matthieu 22, 35-40). Et j’ajoute : à pardonner comme - puisque - nous-mêmes avons été pardonnés.

Dans le lien entre sacrement du baptême et sacrement de la réconciliation, je rappelle ce que le prêtre dit dans la formule d’absolution : « Il a envoyé l’Esprit Saint pour la rémission des péchés ». Comprenons : Dans l’absolution, l’Esprit Saint agit pour rendre présent et actualiser pour moi aujourd’hui le pardon que le Christ sur la Croix a obtenu de son Père. Dans l’Eucharistie, l’Esprit-Saint a la même mission : rendre présent et actualiser (mémorial) la parole du Christ à ses apôtres : Faites cela en mémoire de moi. Dans le sacrement de la réconciliation, l’Esprit Saint agit pour la rémission de mes péchés, mais surtout il me sanctifie et me remet dans la grâce originelle de mon baptême, signe efficace de la grâce de Dieu qui me sauve.

Portons maintenant notre regard sur l’autre grand sacrement de la foi qu’est l’Eucharistie, le Pain de la vie éternelle. L’Eucharistie est « mémorial » de la mort et de la résurrection du Christ, elle re-présente en mémorial l’acte du Christ qui a livré sa vie pour nous pécheurs. Saint Jean-Paul II a écrit[2] :

« Quand l’Eglise célèbre l’eucharistie, mémorial de la mort et de la résurrection de son Seigneur, cet événement central du salut est rendu réellement présent et ainsi « s’opère l’œuvre de notre rédemption ». Ce sacrement est tellement décisif pour le salut du genre humain que Jésus Christ ne l’a accompli et n’est retourné vers le Père qu’après nous avoir laissé le moyen d’y participer comme si nous y avions été présents. »

Dans l’Eucharistie, non seulement nous faisons mémoire du Mystère pascal du Christ mort et ressuscité pour la rémission des péchés, mais nous sommes mystiquement (spirituellement) présent au pied de la Croix, nous tenons la place du « disciple que Jésus aimait » (Jn 19, 26). Dans cette « communion » avec le Christ, n’oublions jamais que nous remettons à Jésus l’humanité, la création et le cosmos, appelées eux aussi à communier au mystère d’un Dieu-Père qui désire recevoir toute l’humanité à l’unique table de son Royaume ; car « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (I Timothée 2, 4). L’Eucharistie est communion à ce que nous serons tous en Dieu, frères les uns des autres, et fils du même et unique Père, quelle que soit notre religion. Car ce n’est pas parce que nous n’avons pas la même religion que nous n’avons pas le même Dieu.

Si donc nous ne croyons pas que par le baptême tous nos péchés ont déjà été remis, si nous ne croyons pas que dans l’Eucharistie nous communions déjà au banquet divin, alors il est temps de s’interroger : l’Evangile est-il vraiment pour moi une vraie « bonne nouvelle » ? La vie éternelle n’est-elle qu’une hypothèse incertaine et sans véritable horizon, surtout si je ne crois pas que mes péchés ont déjà été remis ? La sainteté n’est-elle pour moi réservée qu’à des « élites sans péchés » et qui feraient ombre sur ce que le pape François appelle avec réalisme « les saints de la porte d’à-côté, ceux qui vivent proches de nous et sont un reflet de la présence de Dieu »[3].

Deux brèves interrogations pour aller plus loin…

En premier lieu, nous devons considérer que l’alternative soulevée par Jésus - remettre ou retenir les péchés - est nécessaire, non pas pour laisser planer le doute sur ce qu’il a déjà réalisé pour nous sur la Croix, mais pour que l’homme use de sa liberté de créature pour accepter de se laisser sauver (ou pas) du péché et de la mort par son Créateur. Dieu n’est pas un tyran ou un despote qui obligerait l’homme au salut et à la vie éternelle, mais il réclame notre adhésion par la foi. Quel que soit notre péché, Jésus nous interroge comme il interrogea Pierre par trois fois après son triple reniement : « Pierre, m’aimes-tu ? » (Jn 21, 15-17). Finalement, c’est Dieu qui s’en « remet » à nous, sans « retenir » (brider) notre liberté. A chaque homme de choisir librement la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction, être liés ou déliés, autant d’alternatives qui, dans le langage biblique, disent le choix libre de l’homme devant Dieu.

En second lieu, ma vie de disciple pose la question de ce que je veux transmettre et témoigner. Si dans la foi, je crois que le Christ a réellement et définitivement pardonné mes péchés sur la Croix, comment j’en témoigne ? Mais si je témoigne plus de mes doutes que de ma foi portée par la foi de l’Eglise, suis-je encore disciple ? Si, au lieu de « remettre » (transmettre) à d’autres le dépôt de la foi pour qu’ils le remettent (transmettent) à leur tour, si je le « retiens », suis-je encore disciple ? « Remettre » ou « retenir » doit s’entendre jusque-là…

Psaume 129 :

Si tu retiens les fautes, Seigneur,
Seigneur, qui subsistera ?
Mais près de toi se trouve le pardon.


[1] La confession, Adrienne von Speyr, Editions Johannes Verlag, 2016, page 70

[2] Lettre encyclique L’Eglise vit de l’Eucharistie (17 avril 2003), n° 11, § 3.

[3] Exhortation apostolique Soyez dans la joie et l’allégresse, 19 mars 2018, § 7.

 

 

3 - Père Pierre AVERAN  1er mai 2020

 

Je propose deux textes que je commenterai brièvement :

Le premier est tiré du Concile de Chalon /Saône ( 813)

"Certains disent qu'il faut confesser ses péchés à Dieu seul, d'autres qu'il faut les confesser aux prêtres : l'un et l'autre usage en vigueur dans l' Eglise sont une source de grands bienfaits.

Ainsi nous confesserons nos péchés à Dieu seul - à Dieu qui seul  les remet.

D'autre part , selon les instructions données par l'apôtre ( Jacques ) nous confesserons nos fautes les uns aux autres , afin que nous soyons réconciliés. La confession faite à Dieu seul nous purifie de

nos péchés ; celle que nous faisons aux prêtres nous apprend comment  nous purifier de nos péchés. Dieu auteur et dispensateur du salut et de la santé  nous accorde le pardon , tantôt par

l'opération de sa puissance invisible, tantôt par l'oeuvre des médecins de l'âme ( les confesseurs )".

Dans l' Eglise primitive , en particulier dans l' Afrique romaine (Afrique du Nord)les confesseurs n'étaient pas seulement les prêtres ordonnés,mais également des laïcs qui avaient subi la persécution et qui avaient le pouvoir eux aussi de pardonner les péchés.

Le deuxième texte est d'Isaac de l' Etoile, cistercien (1147)

" Il y a deux choses qui reviennent à Dieu seul : l'honneur de recevoir la confession et le pouvoir de pardonner...A Dieu seul appartient en effet de pardonner les péchés ; c'est donc à lui seul qu'il faut les confesser. Mais le Tout Puissant , le Très Haut , ayant pris une épouse faible et insignifiante, fit de cette servante une reine...L'Epoux , qui est un avec le Père et un avec l'épouse, partage la faiblesse de l'épouse, ainsi que son gémissement,et tout est en commun à l'Epoux et à l'épouse : l'honneur de recevoir la confession et le pouvoir de pardonner...

L'Eglise ne peut rien pardonner sans le Christ ; et le Christ ne veut rien pardonner sans l' Eglise. L'Eglise ne peut rien pardonner  sinon à celui qui se convertit, c'est à dire à celui que le Christ a d'abord touché...Garde toi bien de séparer la tête du corps  ; n'empêche pas le Christ d'exister tout entier ; car le Christ n'existe nulle part  tout entier sans l' Eglise, ni l'Eglse sans le Christ. Le Christ total et intégral , c'est la tête et le corps ...C'est seulement cet homme là qui pardonne les péchés"

Si j'entends bien ce que dit Isaac, quand il parle de l' Eglise qui a reçu le pouvoir de pardonner, il ne s'agit pas seulement des prêtres ordonnés, mais aussi de tous les disciples du Christ , qui sont le corps du Christ.

C'est pourquoi il me paraît qu'en l'absence de prêtres ordonnés, n'importe quel disciple du Christ peut se faire l'apôtre" du pardon de Dieu, qui seul, comme le rappellent si fortement le Concile de Chalon et Isaac ,peut pardonner.

C'est d'ailleurs ce qui se pratique dans certains cas

Ainsi un malade en fin de vie , qui s'est confié à un aumônier laïc  et qui n'est pas en état de renouveler sa confession à un prêtre ou en raison de l'absence d'un prêtre, peut recevoir de la part de ce frère chrétien la remise de ses péchés sous la forme par exemplecar il la formule : " que Dieu tout puissant vous fasse miséricorde et vous pardonne tous vos péchés au nom du Père , du Fils et du St Esprit ".

A Taizé, certains moines non- prêtres , qui entendent la confession de ceux qu'ils accompagnent , jugent qu'ils peuvent donner le pardon de Dieu .

Il me semble qu'en ce temps de confinement ,où la rencontre avec un prêtre est difficile, voir impossible, il serait bon qu'un chrétien, désirant recevoir le pardon de Dieu , sache qu'il peut s'adresser à un de ses frères ou une de ses soeurs , qui il a la possibilité de lui remettre ses péchés au nom de Dieu, qui seul peut pardonner les péchés.

 

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Réponses faites au Questionnaire proposé par la Croix 

sur la Lettre du Pape au peuple de Dieu

Les réponses à ce questionnaire émanent d’un groupe de 19 personnes, du diocèse d’Avignon qui se sont rassemblées à deux reprises, sous l’égide du CERCA (Centre d’Etudes et de Réflexion Chrétiennes d’Avignon) pour faire une lecture collective de la lettre du pape François au Peuple de Dieu et mettre en perspective ce texte avec la crise actuelle de l’Eglise.

1.      L’Eglise catholique vit un moment particulier de son histoire. Comment le qualifiez-vous ?

Cette crise est une conséquence logique de siècles d’aveuglement dans lesquels l’Eglise s’est enferrée. Elle est nécessaire, elle constitue peut-être même une chance de prise de conscience, de retour à l’Evangile… en bref,  c’est «un mal d’où peut sortir un bien ». Cette crise pourrait permettre de revoir la gouvernance de l’Eglise : abandonner les problématiques de pouvoir à sauvegarder ou à conquérir, pour retrouver le sens du ministère et du service par tous et pour tous, parler de responsabilité partagée.

2.      Quels événements de ces derniers mois vous ont particulièrement marqués ?

L’affaire Barbarin bien sûr,  suivie par le reportage sur les religieuses abusées et le livre Sodoma. Nous sommes frappés par la concomitance entre la crise de l’Eglise et celle de la société (française et  plus largement occidentale). Ce parallèle illustre la désaffection et la perte de sens d’institutions qui n’ont pas su tirer les conséquences d’une soif de démocratie et de transparence, et qui continuent à privilégier des conceptions verticales, autoritaires et hiérarchiques du pouvoir.

3.      Avez-vous le sentiment qu’il est difficile de se dire catholique en ce moment ?

Nous n’avons pas ce sentiment, en tout cas pas spécifiquement maintenant. Il nous parait utile à ce propos de rappeler le sens de la catholicité : c’est-à-dire l’universalité. Se dire catholique implique donc de prôner une ouverture à tous. Il n’en demeure pas moins que beaucoup d’entre nous éprouvent des sentiments de honte, de colère et

                                                                                                          .../....

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de peine par rapport à une institution catholique romaine souvent contestable dans son gouvernement.

4.      Ces événements ont-ils changé votre regard sur l’Eglise, vos engagements, votre soutien ?

Ces événements sont un rappel, peut-être utile, que l’Eglise est humaine, faillible. Le regard sur l’institution s’est attristé. L’engagement et le soutien restent les mêmes, nuancés d’une exigence accrue  de  vigilance et  de réforme.

5.      Ces événements ont-ils changé vos rapports avec les prêtres que vous connaissez, les évêques, le pape ? 

Le regard sur le pape reste encore positif et confiant. Quant aux évêques et aux prêtres, cela dépend : les relations confiantes le restent, tandis que les tensions croissent  avec le clergé imbu de ses prérogatives et jaloux de son « pouvoir ». A cet égard, il est troublant de constater que dans de nombreuses paroisses, aucune mention n’ait été faite de la lettre du pape François au peuple de Dieu. Cela donne l’impression que des prêtres (sur les directives de leur évêque ?) ont plus ou moins consciemment bloqué cette lettre, qui met le doigt sur ce qui fait problème dans l’institution Eglise : le cléricalisme.

6.      Dans cette période troublée, à quoi vous raccrochez-vous ?

En premier lieu à l’Evangile bien sûr, aux  échanges fraternels qui réconfortent et aux relations avec les prêtres ouverts.

7.      Avez-vous trouvé des lieux où vous pouvez parler avec d’autres de ce que vit l’Eglise actuellement ?

La Paroisse Universitaire, VEA (Vivre l’Evangile aujourd’hui), certaines paroisses,  le CERCA (Centre d’Etudes et de Réflexion Chrétiennes d’Avignon). Il y a  également  les échanges  avec certains fidèles dans  le cadre de relations  proches  et fraternelles.

                                                                                                                     .../...

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8.      A quelle échelle, selon vous, est-il le plus urgent d’agir pour faire évoluer les structures et les fonctionnements de l’Eglise : au plan universel ? au plan diocésain ? au plan local ?

Il est important d’agir sur les 3 niveaux pour permettre une plus grande participation des laïcs. De manière générale, il faudrait qu’en face de chaque instance de décision cléricale soit placée une instance qui puisse exercer un « contre-pouvoir ». A chaque niveau, une plus large concertation est nécessaire avant toute décision finale. Nous pensons qu’il faut demander :

-         La participation des laïcs dans les processus de décision, que ce soit au plan local ou diocésain

-         Des conseils pastoraux qui ne soient pas de simples chambres d’enregistrement des décisions du curé

-         Les désaccords exprimés par des laïcs ne doivent plus être des motifs d’expulsion de ces derniers.

-         Au niveau du diocèse de Vaucluse, il est urgent pour nous de préparer «l’après Cattenoz » après des années d’immenses souffrances pour les prêtres d’abord, les laïcs ensuite. Il y a un manque total de respect des personnes et un climat de mensonges généralisés dans l’administration de notre diocèse, qui en rendent l’atmosphère irrespirable.

9.      Et vous, personnellement, que pouvez-vous faire pour contribuer à « réparer l’Eglise » ? Avez-vous déjà commencé ? 

Une réflexion a commencé sur les changements à envisager, les responsabilités à partager. Sur le plan liturgique, nous pensons qu’il y a actuellement une tendance regrettable à chosifier l’adoration du « Saint Sacrement » : alors qu’il faudrait corréler plus étroitement la Présence du Christ dans la Parole avec celle dans l’Eucharistie. Nous pensons aussi qu’il faut faire davantage circuler la parole, répondre davantage aux questions des publics des périphéries.  Nous essayons également de mettre sur pied des rencontres régulières entre prêtres et laïcs

                                                                                                                                 .../..

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10.  Quels sont les trois chantiers prioritaires, selon vous pour l’Eglise ? Quelles propositions concrètes avez-vous déjà mises en place ou voudriez-vous mettre en œuvre pour « réparer »l’Eglise ?

Nous avons plusieurs propositions que nous livrons pêle-mêle :

-         Libérer la parole des laïcs, permettre les conditions d’un vrai dialogue

-         A côté de l’Assemblée Plénière de l’épiscopat, créer une Assemblée Plénière de l’Eglise de France, composée de laïcs et de prêtres

-         Favoriser la communication entre laïcs et prêtres en organisant des réunions pour se parler, se connaitre

-         Réfléchir à ce qu’on attend d’un évêque : Quel est le profil souhaité ? Pourquoi n’interrogerait-on pas les chrétiens des diocèses pour tracer le profil souhaité de l’évêque à venir, comme cela s’est parfois fait après le Concile ?

-         Les séminaires : à eux seuls ils suscitent beaucoup d’interrogations et d’idées de réformes : ouvrir la formation des prêtres sur le monde, sur les femmes ; se poser la question du maintien du célibat des prêtres : les Eglises orientales ont un clergé qui peut être marié ; dans les 1ers siècles de l’Eglise il en allait de même en Occident ; être clair sur le profil des séminaristes, leur rapport à la sexualité et sur leur choix de vie : célibat ou mariage

-          Pourquoi des laïcs, dont des femmes, ne pourraient pas faire des homélies ?

11.  Que voudriez-vous dire aux responsables de l’institution ecclésiale ?

Ecoutez-nous, écoutez les laïcs.

 

 

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Lettre du Pape François au Peuple de Dieu

Publié le 20 août 2018 

 

« Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui » (1 Cor 12,26).

Ces paroles de saint Paul résonnent avec force en mon cœur alors que je constate, une fois encore, la souffrance vécue par de nombreux mineurs à cause d’abus sexuels, d’abus de pouvoir et de conscience, commis par un nombre important de clercs et de personnes consacrées. Un crime qui génère de profondes blessures faites de douleur et d’impuissance, en premier lieu chez les victimes, mais aussi chez leurs proches et dans toute la communauté, qu’elle soit composée de croyants ou d’incroyants. Considérant le passé, ce que l’on peut faire pour demander pardon et réparation du dommage causé ne sera jamais suffisant. Considérant l’avenir, rien ne doit être négligé pour promouvoir une culture capable non seulement de faire en sorte que de telles situations ne se reproduisent pas mais encore que celles-ci ne puissent trouver de terrains propices pour être dissimulées et perpétuées. La douleur des victimes et de leurs familles est aussi notre douleur ; pour cette raison, il est urgent de réaffirmer une fois encore notre engagement pour garantir la protection des mineurs et des adultes vulnérables.

1. Si un membre souffre

Ces derniers jours est paru un rapport détaillant le vécu d’au moins mille personnes qui ont été victimes d’abus sexuel, d’abus de pouvoir et de conscience, perpétrés par des prêtres pendant à peu près soixante-dix ans. Bien qu’on puisse dire que la majorité des cas appartient au passé, la douleur de nombre de ces victimes nous est parvenue au cours du temps et nous pouvons constater que les blessures infligées ne disparaissent jamais, ce qui nous oblige à condamner avec force ces atrocités et à redoubler d’efforts pour éradiquer cette culture de mort, les blessures ne connaissent jamais de «prescription». La douleur de ces victimes est une plainte qui monte vers le ciel, qui pénètre jusqu’à l’âme et qui, durant trop longtemps, a été ignorée, silencieuse ou passé sous silence. Mais leur cri a été plus fort que toutes les mesures qui ont entendu le réprimer ou bien qui, en même temps, prétendaient le faire cesser en prenant des décisions qui en augmentaient la gravité jusqu’à tomber dans la complicité. Un cri qui fut entendu par le Seigneur en nous montrant une fois encore de quel côté il veut se tenir. Le Cantique de Marie ne dit pas autre chose et comme un arrière-fond, continue à parcourir l’histoire parce que le Seigneur se souvient de la promesse faite à nos pères: «Il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles.Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides» (Lc 1, 51-53); et nous ressentons de la honte lorsque nous constatons que notre style de vie a démenti et dément ce que notre voix proclame.

Avec honte et repentir, en tant que communauté ecclésiale, nous reconnaissons que nous n’avons pas su être là où nous le devions, que nous n’avons pas agi en temps voulu en reconnaissant l’ampleur et la gravité du dommage qui était infligé à tant de vies. Nous avons négligé et abandonné les petits. Je fais miennes les paroles de l’alors cardinal Ratzinger lorsque, durant le Chemin de Croix écrit pour le Vendredi Saint de 2005, il s’unit au cri de douleur de tant de victimes en disant avec force: «Que de souillures dans l’Église, et particulièrement parmi ceux qui, dans le sacerdoce, devraient lui appartenir totalement ! Combien d’orgueil et d’autosuffisance ! […] La trahison des disciples, la réception indigne de son Corps et de son Sang sont certainement les plus grandes souffrances du Rédempteur, celles qui lui transpercent le cœur. Il ne nous reste plus qu’à lui adresser, du plus profond de notre âme, ce cri: Kyrie, eleison – Seigneur, sauve-nous (cf. Mt 8, 25)» (Neuvième Station).

2. Tous les membres souffrent avec lui

L’ampleur et la gravité des faits exigent que nous réagissions de manière globale et communautaire. S’il est important et nécessaire pour tout chemin de conversion de prendre connaissance de ce qui s’est passé, cela n’est pourtant pas suffisant. Aujourd’hui nous avons à relever le défi en tant que peuple de Dieu d’assumer la douleur de nos frères blessés dans leur chair et dans leur esprit. Si par le passé l’omission a pu être tenue pour une forme de réponse, nous voulons aujourd’hui que la solidarité, entendue dans son acception plus profonde et exigeante, caractérise notre façon de bâtir le présent et l’avenir, en un espace où les conflits, les tensions et surtout les victimes de tout type d’abus puissent trouver une main tendue qui les protège et les sauve de leur douleur (Cf. Exhort. ap. Evangelii Gaudium, n.228). Cette solidarité à son tour exige de nous que nous dénoncions tout ce qui met en péril l’intégrité de toute personne. Solidarité qui demande de lutter contre tout type de corruption, spécialement la corruption spirituelle, «car il s’agit d’un aveuglement confortable et autosuffisant où tout finit par sembler licite: la tromperie, la calomnie, l’égoïsme et d’autres formes subtiles d’autoréférentialité, puisque « Satan lui-même se déguise en ange de lumière » (2Co11,14) » (Exhort. ap. Gaudete et Exsultate, n.165). L’appel de saint Paul à souffrir avec celui qui souffre est le meilleur remède contre toute volonté de continuer à reproduire entre nous les paroles de Caïn: «Est-ce que je suis, moi, le gardien de mon frère?» (Gn 4,9).

Je suis conscient de l’effort et du travail réalisés en différentes parties du monde pour garantir et créer les médiations nécessaires pour apporter sécurité et protéger l’intégrité des mineurs et des adultes vulnérables, ainsi que de la mise en œuvre de la tolérance zéro et des façons de rendre compte de la part de tous ceux qui commettent ou dissimulent ces délits. Nous avons tardé dans l’application de ces mesures et sanctions si nécessaires, mais j’ai la conviction qu’elles aideront à garantir une plus grande culture de la protection pour le présent et l’avenir.

Conjointement à ces efforts, il est nécessaire que chaque baptisé se sente engagé dans la transformation ecclésiale et sociale dont nous avons tant besoin. Une telle transformation nécessite la conversion personnelle et communautaire et nous pousse à regarder dans la même direction que celle indiquée par le Seigneur. Ainsi saint Jean-Paul II se plaisait à dire: «Si nous sommes vraiment repartis de la contemplation du Christ, nous devrons savoir le découvrir surtout dans le visage de ceux auxquels il a voulu lui-même s’identifier» (Lett. ap. Novo Millenio Ineunte, n.49). Apprendre à regarder dans la même direction que le Seigneur, à être là où le Seigneur désire que nous soyons, à convertir notre cœur en sa présence. Pour cela, la prière et la pénitence nous aideront. J’invite tout le saint peuple fidèle de Dieu à l’exercice pénitentiel de la prière et du jeûne, conformément au commandement du Seigneur1, pour réveiller notre conscience, notre solidarité et notre engagement en faveur d’une culture de la protection et du «jamais plus» à tout type et forme d’abus.

Il est impossible d’imaginer une conversion de l’agir ecclésial sans la participation active de toutes les composantes du peuple de Dieu. Plus encore, chaque fois que nous avons tenté de supplanter, de faire taire, d’ignorer, de réduire le peuple de Dieu à de petites élites, nous avons construit des communautés, des projets, des choix théologiques, des spiritualités et des structures sans racine, sans mémoire, sans visage, sans corps et, en définitive, sans vie2. Cela se manifeste clairement dans une manière déviante de concevoir l’autorité dans l’Eglise – si commune dans nombre de communautés dans lesquelles se sont vérifiés des abus sexuels, des abus de pouvoir et de conscience – comme l’est le cléricalisme, cette attitude qui «annule non seulement la personnalité des chrétiens, mais tend également à diminuer et à sous-évaluer la grâce baptismale que l’Esprit Saint a placée dans le cœur de notre peuple»3. Le cléricalisme, favorisé par les prêtres eux-mêmes ou par les laïcs, engendre une scission dans le corps ecclésial qui encourage et aide à perpétuer beaucoup des maux que nous dénonçons aujourd’hui. Dire non aux abus, c’est dire non, de façon catégorique, à toute forme de cléricalisme.

Il est toujours bon de rappeler que le Seigneur, «dans l’histoire du salut, a sauvé un peuple. Il n’y a pas d’identité pleine sans l’appartenance à un peuple. C’est pourquoi personne n’est sauvé seul, en tant qu’individu isolé, mais Dieu nous attire en prenant en compte la trame complexe des relations interpersonnelles qui s’établissent dans la communauté humaine: Dieu a voulu entrer dans une dynamique populaire, dans la dynamique d’un peuple» (Exhort. ap. Gaudete et Exsultate, n.6). Ainsi, le seul chemin que nous ayons pour répondre à ce mal qui a gâché tant de vies est celui d’un devoir qui mobilise chacun et appartient à tous comme peuple de Dieu. Cette conscience de nous sentir membre d’un peuple et d’une histoire commune nous permettra de reconnaitre nos péchés et nos erreurs du passé avec une ouverture pénitentielle susceptible de nous laisser renouveler de l’intérieur.

Tout ce qui se fait pour éradiquer la culture de l’abus dans nos communautés sans la participation active de tous les membres de l’Eglise ne réussira pas à créer les dynamiques nécessaires pour obtenir une saine et effective transformation. La dimension pénitentielle du jeûne et de la prière nous aidera en tant que peuple de Dieu à nous mettre face au Seigneur et face à nos frères blessés, comme des pécheurs implorant le pardon et la grâce de la honte et de la conversion, et ainsi à élaborer des actions qui produisent des dynamismes en syntonie avec l’Evangile. Car «chaque fois que nous cherchons à revenir à la source pour récupérer la fraîcheur originale de l’Évangile, surgissent de nouvelles voies, des méthodes créatives, d’autres formes d’expression, des signes plus éloquents, des paroles chargées de sens renouvelé pour le monde d’aujourd’hui» (Exhort. ap. Evangelii Gaudium, n.11).

Il est essentiel que, comme Eglise, nous puissions reconnaitre et condamner avec douleur et honte les atrocités commises par des personnes consacrées, par des membres du clergé, mais aussi par tous ceux qui ont la mission de veiller sur les plus vulnérables et de les protéger. Demandons pardon pour nos propres péchés et pour ceux des autres. La conscience du péché nous aide à reconnaitre les erreurs, les méfaits et les blessures générés dans le passé et nous donne de nous ouvrir et de nous engager davantage pour le présent sur le chemin d’une conversion renouvelée.

En même temps, la pénitence et la prière nous aideront à sensibiliser nos yeux et notre cœur à la souffrance de l’autre et à vaincre l’appétit de domination et de possession, très souvent à l’origine de ces maux. Que le jeûne et la prière ouvrent nos oreilles à la douleur silencieuse des enfants, des jeunes et des personnes handicapées. Que le jeûne nous donne faim et soif de justice et nous pousse à marcher dans la vérité en soutenant toutes les médiations judiciaires qui sont nécessaires. Un jeûne qui nous secoue et nous fasse nous engager dans la vérité et dans la charité envers tous les hommes de bonne volonté et envers la société en général, afin de lutter contre tout type d’abus sexuel, d’abus de pouvoir et de conscience.

De cette façon, nous pourrons rendre transparente la vocation à laquelle nous avons été appelés d’être «le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain» (Conc. OEcum. Vat.II, Lumen Gentium, n.1).

« Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui », nous disait saint Paul. Au moyen de la prière et de la pénitence, nous pourrons entrer en syntonie personnelle et communautaire avec cette exhortation afin que grandisse parmi nous le don de la compassion, de la justice, de la prévention et de la réparation. Marie a su se tenir au pied de la croix de son fils. Elle ne l’a pas fait de n’importe quelle manière mais bien en se tenant fermement debout et à son coté. Par cette attitude, elle exprime sa façon de se tenir dans la vie. Lorsque nous faisons l’expérience de la désolation que nous causent ces plaies ecclésiales, avec Marie il nous est bon «de donner plus de temps à la prière» (S. Ignace de Loyola, Exercices Spirituels, 319),cherchant à grandir davantage dans l’amour et la fidélité à l’Eglise. Elle, la première disciple, montre à nous tous qui sommes disciples comment nous devons nous comporter face à la souffrance de l’innocent, sans fuir et sans pusillanimité. Contempler Marie c’est apprendre à découvrir où et comment le disciple du Christ doit se tenir.

Que l’Esprit Saint nous donne la grâce de la conversion et l’onction intérieure pour pouvoir exprimer, devant ces crimes d’abus, notre compassion et notre décision de lutter avec courage.

Du Vatican, le 20 août 2018.

FRANÇOIS

 

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Livre chantal guillermain jpeg

 

Commentaire m rondet

 

 

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L’ Accueil des Familles de Détenus du Vaucluse

    AFDV    recherche des bénévoles.

Cette association accueille les familles et les amis des détenus au moment

des parloirs, devant le Centre Pénitentiaire d’Avignon-Le Pontet.

Les bénévoles assurent des permanences du mardi au samedi de 7h45 à 17h ou 18h.

Ce service d’accueil veut aider au maintien des relations entre les détenus et leurs familles.

La démarche de l’AFDV repose sur des principes de respect, de discrétion, et de neutralité politique et religieuse.                

             Pour tout renseignement : Tél. 04 90 31 41 70 aux heures de parloirs.                                    

             Mail : afdv84@orange.fr

 

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MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS POUR LA CÉLÉBRATION DE LA XLVIIe JOURNÉE MONDIALE DE LA PAIX

1er JANVIER 2014

LA FRATERNITE, FONDEMENT ET ROUTE POUR LA PAIX

 

 

1.    Dans mon premier message pour la Journée mondiale de la  Paix je désire adresser à tous, personnes et peuples, le vœu d’une existence  pleine de joie et d’espérance. Dans le cœur de chaque homme et de chaque femme  habite en effet le désir d’une vie pleine, à laquelle appartient une soif  irrépressible de fraternité, qui pousse vers la communion avec les autres, en  qui nous ne trouvons pas des ennemis ou des concurrents, mais des frères à  accueillir et à embrasser.

En effet, la fraternité est une dimension essentielle de l’homme, qui est un  être relationnel. La vive conscience d’être en relation nous amène à voir  et à traiter chaque personne comme une vraie sœur et un vrai frère ; sans cela,  la construction d’une société juste, d’une paix solide et durable devient  impossible. Et il faut immédiatement rappeler que la fraternité commence  habituellement à s’apprendre au sein de la famille, surtout grâce aux rôles  responsables et complémentaires de tous ses membres, en particulier du père et  de la mère. La famille est la source de toute fraternité, et par conséquent elle  est aussi le fondement et la première route de la paix, puisque par vocation,  elle devrait gagner le monde par son amour.

Le nombre toujours croissant d’interconnexions et de communications qui  enveloppent notre planète rend plus palpable la conscience de l’unité et du  partage d’un destin commun entre les nations de la terre. Dans les dynamismes de  l’histoire, de même que dans la diversité des ethnies, des sociétés et des  cultures, nous voyons ainsi semée la vocation à former une communauté composée  de frères qui s’accueillent réciproquement, en prenant soin les uns des autres.  Mais une telle vocation est encore aujourd’hui souvent contrariée et démentie  par les faits, dans un monde caractérisé par cette “ mondialisation de  l’indifférence ”, qui nous fait lentement nous “ habituer ” à la souffrance de  l’autre, en nous fermant sur nous-mêmes.

Dans de nombreuses parties du monde, la grave atteinte aux droits humains  fondamentaux, surtout au droit à la vie et à la liberté religieuse ne semble pas  connaître de pause. Le tragique phénomène du trafic des êtres humains, sur la  vie et le désespoir desquels spéculent des personnes sans scrupules, en  représente un exemple inquiétant. Aux guerres faites d’affrontements armés,  s’ajoutent des guerres moins visibles, mais non moins cruelles, qui se livrent  dans le domaine économique et financier avec des moyens aussi destructeurs de  vies, de familles, d’entreprises.

Comme l’a affirmé Benoît XVI, la mondialisation nous rend proches, mais ne nous  rend pas frères.[1] En outre, les  nombreuses situations d’inégalités, de pauvreté et d’injustice, signalent non  seulement une carence profonde de fraternité, mais aussi l’absence d’une culture  de la solidarité. Les idéologies nouvelles, caractérisées par un individualisme  diffus, un égocentrisme et un consumérisme matérialiste affaiblissent les liens  sociaux, en alimentant cette mentalité du “ déchet ”, qui pousse au mépris et à  l’abandon des plus faibles, de ceux qui sont considérés comme “ inutiles ”.  Ainsi le vivre ensemble humain devient toujours plus semblable à un simple ‘do  ut des’  pragmatique et égoïste.

En même temps, il apparaît clairement que les éthiques contemporaines deviennent  aussi incapables de produire des liens authentiques de fraternité, puisqu’une  fraternité privée de la référence à un Père commun, comme son fondement ultime,  ne réussit pas à subsister.[2] Une  fraternité véritable entre les hommes suppose et exige une paternité  transcendante. À partir de la reconnaissance de cette paternité, se consolide la  fraternité entre les hommes, c’est-à-dire l’attitude de se faire le “ prochain ”  qui prend soin de l’autre.

« Où est ton frère » (Gn 4, 9)

2. Pour mieux comprendre cette vocation de l’homme à la fraternité, pour  reconnaître de façon plus adéquate les obstacles qui s’opposent à sa réalisation  et découvrir les chemins de leur dépassement, il est fondamental de se laisser  guider par la connaissance du dessein de Dieu, tel qu’il est présenté de manière  éminente dans la Sainte Écriture.

Selon le récit des origines, tous les hommes proviennent de parents communs,  d’Adam et Ève, couple créé par Dieu à son image et à sa ressemblance (cf.Gn 1, 26), de qui naissent Caïn et Abel. Dans l’événement de la  famille primitive, nous lisons la genèse de la société, l’évolution des  relations entre les personnes et les peuples.

Abel est berger, Caïn est paysan. Leur identité profonde et à la fois leur  vocation, est celle d’être frères, aussi dans la diversité de leur  activité et de leur culture, de leur manière de se rapporter à Dieu et au créé.  Mais le meurtre d'Abel par Caïn atteste tragiquement le rejet radical de la  vocation à être frères. Leur histoire (cf. Gn 4, 1-16) met en évidence la  tâche difficile à laquelle tous les hommes sont appelés, de vivre unis, en  prenant soin l’un de l’autre. Caïn, n’acceptant pas la prédilection de Dieu pour  Abel qui lui offrait le meilleur de son troupeau – « le Seigneur agréa Abel et  son offrande, mais il n’agréa pas Caïn et son offrande » (Gn 4, 4-5) –  tue Abel par jalousie. De cette façon, il refuse de se reconnaître frère,  d’avoir une relation positive avec lui, de vivre devant Dieu, en assumant ses  responsabilités de soin et de protection de l’autre. À la question : « Où es ton  frère ? », avec laquelle Dieu interpelle Caïn, lui demandant compte de son  œuvre, il répond : « Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon frère ? » (Gn 4, 9). Puis nous dit la Genèse, « Caïn se retira de la présence du  Seigneur » (4, 16).

Il faut s’interroger sur les motifs profonds qui ont entrainé Caïn à méconnaître  le lien de fraternité et, aussi le lien de réciprocité et de communion qui le  liait à son frère Abel. Dieu lui-même dénonce et reproche à Caïn une proximité  avec le mal : « le péché n’est-il pas à ta porte ? » (Gn 4, 7). Caïn,  toutefois, refuse de s’opposer au mal et décide de « se jeter sur son frère  Abel » (Gn 4, 8), méprisant le projet de Dieu. Il lèse ainsi sa vocation  originaire à être fils de Dieu et à vivre la fraternité.

Le récit de Caïn et d’Abel enseigne que l’humanité porte inscrite en elle une  vocation à la fraternité, mais aussi la possibilité dramatique de sa trahison.  En témoigne l’égoïsme quotidien qui est à la base de nombreuses guerres et de  nombreuses injustices : beaucoup d’hommes et de femmes meurent en effet par la  main de frères et de sœurs qui ne savent pas se reconnaître tels, c’est-à-dire  comme des êtres faits pour la réciprocité, pour la communion et pour le don.

« Et vous êtes tous des frères » (Mt 23, 8)

3.    La question surgit spontanément : les hommes et les femmes  de ce monde ne pourront-ils jamais correspondre pleinement à la soif de  fraternité, inscrite en eux par Dieu Père ? Réussiront-ils avec leurs seules  forces à vaincre l’indifférence, l’égoïsme et la haine, à accepter les  différences légitimes qui caractérisent les frères et les sœurs ?

En paraphrasant ses paroles, nous pourrions synthétiser ainsi la réponse que  nous donne le Seigneur Jésus : puisqu’il y a un seul Père qui est Dieu, vous  êtes tous des frères (cf. Mt 23, 8-9). La racine de la fraternité est  contenue dans la paternité de Dieu. Il ne s’agit pas d’une paternité générique,  indistincte et inefficace historiquement, mais bien de l’amour personnel, précis  et extraordinairement concret de Dieu pour chaque homme (cf. Mt 6,  25-30). Il s’agit donc d’une paternité efficacement génératrice de fraternité,  parce que l’amour de Dieu, quand il est accueilli, devient le plus formidable  agent de transformation de l’existence et des relations avec l’autre, ouvrant  les hommes à la solidarité et au partage agissant.

En particulier, la fraternité humaine est régénérée en et par Jésus Christ dans sa mort et résurrection. La croix est le “lieu” définitif de fondation de la fraternité, que les hommes ne sont pas en mesure de  générer tout seuls. Jésus Christ, qui a assumé la nature humaine pour la  racheter, en aimant le Père jusqu’à la mort, et à la mort de la croix (cf. Ph 2, 8), nous constitue par sa résurrection comme humanité nouvelle, en  pleine communion avec la volonté de Dieu, avec son projet, qui comprend la  pleine réalisation de la vocation à la fraternité.

Jésus reprend depuis le commencement le projet du Père, en lui reconnaissant le  primat sur toutes choses. Mais le Christ, dans son abandon à la mort par amour  du Père, devient principe nouveau et définitif de nous tous,  appelés à nous reconnaître en Lui comme frères parce qu’enfants du même  Père. Il est l’Alliance même, l’espace personnel de la réconciliation de l’homme  avec Dieu et des frères entre eux. Dans la mort en croix de Jésus, il y a aussi  le dépassement de la séparation entre peuples, entre le peuple de  l’Alliance et le peuple des Gentils, privé d’espérance parce que resté étranger  jusqu’à ce moment aux engagements de la Promesse. Comme on lit dans la Lettre  aux Éphésiens, Jésus Christ est celui qui réconcilie en lui tous les  hommes. Il est la paix puisque des deux peuples il en a fait un seul,  abattant le mur de séparation qui les divisait, c’est-à-dire l’inimitié. Il a  créé en lui-même un seul peuple, un seul homme nouveau, une seule humanité  nouvelle (cf. 2, 14-16).

Celui qui accepte la vie du Christ et vit en Lui, reconnaît Dieu comme Père et  se donne lui-même totalement à Lui, en l’aimant au-dessus de toute chose.  L’homme réconcilié voit en Dieu le Père de tous et, par conséquent, il est  incité à vivre une fraternité ouverte à tous. Dans le Christ, l’autre est  accueilli et aimé en tant que fils ou fille de Dieu, comme frère ou sœur, non  comme un étranger, encore moins comme un antagoniste ou même un ennemi. Dans la  famille de Dieu, où tous sont enfants d’un même Père, et parce que greffés dans  le Christ, fils dans le Fils, il n’y a pas de “vies de déchet”. Tous  jouissent d’une dignité égale et intangible. Tous sont aimés de Dieu, tous ont  été rachetés par le sang du Christ, mort et ressuscité pour chacun. C’est la  raison pour laquelle on ne peut rester indifférent au sort des frères.

La fraternité, fondement et route pour la paix

4.    Cela posé, il est facile de comprendre que la fraternité  est fondement et route pour la paix. Les Encycliques sociales de  mes prédécesseurs offrent une aide précieuse dans ce sens. Il serait suffisant  de se référer aux définitions de la paix de Populorum progressio de Paul VI ou de Sollicitudo rei socialis de Jean-Paul II. De la première nous  retirons que le développement intégral des peuples est le nouveau nom de la  paix.[3] De la seconde, que la paix  est opus solidaritatis.[4]

Paul VI affirmait que non seulement les personnes mais aussi les nations doivent  se rencontrer dans un esprit de fraternité. Et il explique : « Dans cette  compréhension et cette amitié mutuelles, dans cette communion sacrée, nous  devons […] œuvrer ensemble pour édifier l’avenir commun de l’humanité ».[5] Ce devoir concerne en premier lieu les plus favorisés. Leurs obligations sont  enracinées dans la fraternité humaine et surnaturelle et se présentent sous un  triple aspect : le devoir de solidarité, qui exige que les nations riches  aident celles qui sont moins avancées ; le devoir de justice sociale qui  demande la recomposition en termes plus corrects des relations défectueuses  entre peuples forts et peuples faibles ; le devoir de charité universelle,  qui implique la promotion d’un monde plus humain pour tous, un monde dans lequel  tous aient quelque chose à donner et à recevoir, sans que le progrès des uns  constitue un obstacle au développement des autres.[6]

Ainsi, si on considère la paix comme opus solidaritatis, de la même  manière, on ne peut penser en même temps, que la fraternité n’en soit pas le  fondement principal. La paix, affirme Jean-Paul II, est un bien indivisible. Ou  c’est le bien de tous ou il ne l’est de personne. Elle peut être réellement  acquise et goûtée, en tant que meilleure qualité de la vie et comme  développement plus humain et durable, seulement si elle crée de la part de tous,  « une détermination ferme et persévérante à s’engager pour le bien commun »[7].  Cela implique de ne pas se laisser guider par « l’appétit du profit » et par  « la soif du pouvoir ». Il faut avoir la disponibilité de « “se perdre” en  faveur de l’autre au lieu de l’exploiter, et de “le servir” au lieu de  l’opprimer pour son propre avantage. […] L’“autre” – personne, peuple ou  nation – [n’est pas vu] comme un instrument quelconque dont on exploite à peu de  frais la capacité de travail et la résistance physique pour l’abandonner quand  il ne sert plus, mais comme notre “semblable”, une “aide”.[8]

La solidarité chrétienne suppose que le prochain soit aimé non seulement  comme « un être humain avec ses droits et son égalité fondamentale à l’égard de  tous, mais [comme] l’image vivante de Dieu le Père, rachetée par le sang  du Christ et objet de l’action constante de l’Esprit Saint »[9],  comme un autre frère. « Alors – rappelle Jean-Paul II ‑ la conscience de  la paternité commune de Dieu, de la fraternité de tous les hommes dans le  Christ, “fils dans le Fils”, de la présence et de l’action vivifiante de  l’Esprit Saint, donnera à notre regard sur le monde comme un nouveau critère d’interprétation »,[10] pour le  transformer.

Fraternité, prémisse pour vaincre la pauvreté

5. Dans Caritas in veritate, mon Prédécesseur rappelait au monde combien  le manque de fraternité entre les peuples et les hommes est une cause  importante de la pauvreté.[11]Dans de nombreuses sociétés, nous expérimentons une profonde pauvreté  relationnelle due à la carence de solides relations familiales et  communautaires. Nous assistons avec préoccupation à la croissance de différents  types de malaise, de marginalisation, de solitude et de formes variées de  dépendance pathologique. Une semblable pauvreté peut être dépassée seulement par  la redécouverte et la valorisation de rapports fraternels au sein des  familles et des communautés, à travers le partage des joies et des souffrances,  des difficultés et des succès qui accompagnent la vie des personnes.

En outre, si d’un côté on rencontre une réduction de la pauvreté absolue,  d’un autre, on ne peut pas ne pas reconnaître une grave croissance de la pauvreté relative, c’est-à-dire des inégalités entre personnes et groupes  qui vivent dans une même région, ou dans un même contexte historico-culturel. En  ce sens, sont aussi utiles des politiques efficaces qui promeuvent le principe  de la fraternité, assurant aux personnes – égales dans leur dignité et  dans leurs droits fondamentaux – d’accéder aux « capitaux », aux services, aux  ressources éducatives, sanitaires, technologiques afin que chacun ait  l’opportunité d’exprimer et de réaliser son projet de vie, et puisse se  développer pleinement comme personne.

On reconnaît aussi la nécessité de politiques qui servent à atténuer une  répartition inéquitable excessive du revenu. Nous ne devons pas oublier  l’enseignement de l’Église sur ce qu’on appelle l’hypothèque sociale, sur  la base de laquelle, comme le dit saint Thomas d’Aquin, il est permis et même  nécessaire « que l’homme ait la propriété des biens »[12],  quant à l’usage, « il ne doit jamais tenir les choses qu’il possède comme  n’appartenant qu’à lui, mais les regarder aussi comme communes, en ce sens  qu’elles puissent profiter non seulement à lui mais aussi aux autres ».[13]

Enfin, il y a une dernière manière de promouvoir la fraternité – et ainsi de  vaincre la pauvreté – qui doit être à la base de toutes les autres. C’est le  détachement de celui qui choisit d’adopter des styles de vie sobres et basés sur  l’essentiel, de celui qui, partageant ses propres richesses, réussit ainsi à  faire l’expérience de la communion fraternelle avec les autres. Cela est  fondamental pour suivre Jésus Christ et être vraiment des chrétiens. C’est le  cas non seulement des personnes consacrées qui font vœux de pauvreté, mais aussi  de nombreuses familles et de nombreux citoyens responsables, qui croient  fermement que c’est la relation fraternelle avec le prochain qui constitue le  bien le plus précieux.

La redécouverte de la fraternité dans l’économie.

 

6. Les graves crises financières et économiques contemporaines – qui trouvent  leur origine, d’un côté dans l’éloignement progressif de l’homme vis-à-vis de  Dieu et du « prochain », ainsi que dans la recherche avide des bien matériels,  et, de l’autre, dans l’appauvrissement des relations interpersonnelles et  communautaires – ont poussé de nombreuses personnes à rechercher la  satisfaction, le bonheur et la sécurité dans la consommation et dans le gain,  au-delà de toute logique d’une saine économie. Déjà en 1979 Jean Paul II dénonçait l’existence d’ « un danger réel et perceptible : tandis que progresse  énormément la domination de l’homme sur le monde des choses, l’homme risque de  perdre les fils conducteurs de cette domination, de voir son humanité soumise de  diverses manières à ce monde, et de devenir ainsi lui-même l’objet de  manipulations multiformes – pas toujours directement perceptibles – à travers  toute l’organisation de la vie communautaire, à travers le système de  production, par la pression des moyens de communication sociale ».[14]

La succession des crises économiques doit conduire à d’opportunes nouvelles  réflexions sur les modèles de développement économique, et à un changement dans  les modes de vie. La crise d’aujourd’hui, avec son lourd héritage pour la vie  des personnes, peut être aussi une occasion propice pour retrouver les vertus de  prudence, de tempérance, de justice et de force. Elles peuvent aider à dépasser  les moments difficiles et à redécouvrir les liens fraternels qui nous lient les  uns aux autres, avec la confiance profonde dont l’homme a besoin et est capable  de quelque chose de plus que la maximalisation de ses propres intérêts  individuels. Surtout ces vertus sont nécessaires pour construire et maintenir  une société à la mesure de la dignité humaine.

 

La fraternité éteint la guerre

 

7. Dans l’année qui vient de s’écouler, beaucoup de nos frères et sœurs ont  continué à vivre l’expérience déchirante de la guerre, qui constitue une grave  et profonde blessure portée à la fraternité.

Nombreux sont les conflits qui se poursuivent dans l’indifférence générale. Á  tous ceux qui vivent sur des terres où les armes imposent terreur et  destructions, j’assure ma proximité personnelle et celle de toute l’Église.  Cette dernière a pour mission de porter la charité du Christ également aux  victimes sans défense des guerres oubliées, à travers la prière pour la paix, le  service aux blessés, aux affamés, aux réfugiés, aux personnes déplacées et à  tous ceux qui vivent dans la peur. L’Église élève aussi la voix pour faire  parvenir aux responsables le cri de douleur de cette humanité souffrante, et  pour faire cesser, avec les hostilités, tout abus et toute violation des droits  fondamentaux de l’homme[15].

Pour cette raison, je désire adresser un appel fort à tous ceux qui, par les  armes, sèment la violence et la mort : redécouvrez votre frère en celui  qu’aujourd’hui vous considérez seulement comme un ennemi à abattre, et arrêtez  votre main ! Renoncez à la voie des armes et allez à la rencontre de l’autre par  le dialogue, le pardon, et la réconciliation, pour reconstruire la justice, la  confiance et l’espérance autour de vous ! « Dans cette optique, il apparaît  clair que, dans la vie des peuples, les conflits armés constituent toujours la  négation délibérée de toute entente internationale possible, en créant des  divisions profondes et des blessures déchirantes qui ont besoin de nombreuses  années pour se refermer. Les guerres constituent le refus concret de s’engager  pour atteindre les grands objectifs économiques et sociaux que la communauté  internationale s’est donnée »[16].

Cependant, tant qu’il y aura une si grande quantité d’armement en circulation,  comme actuellement, on pourra toujours trouver de nouveaux prétextes pour  engager les hostilités. Pour cette raison, je fais mien l’appel de mes  prédécesseurs en faveur de la non prolifération des armes et du désarmement de  la part de tous, en commençant par le désarmement nucléaire et chimique.

Mais nous ne pouvons pas ne pas constater que les accords internationaux et les  lois nationales, bien que nécessaires et hautement souhaitables, ne sont pas  suffisants à eux seuls pour mettre l’humanité à l’abri du risque de conflits  armés. Une conversion des cœurs est nécessaire, qui permette à chacun de  reconnaître dans l’autre un frère dont il faut prendre soin, avec lequel  travailler pour construire une vie en plénitude pour tous. Voilà l’esprit qui  anime beaucoup d’initiatives de la société civile, y compris les organisations  religieuses, en faveur de la paix. Je souhaite que l’engagement quotidien de  tous continue à porter du fruit et que l’on puisse parvenir à l’application  effective, dans le droit international, du droit à la paix, comme droit humain  fondamental, condition préalable nécessaire à l’exercice de tous les autres  droits.

 

La corruption et le crime organisé contrecarrent la fraternité

 

8. L’horizon de la fraternité renvoie à la croissance en plénitude de tout homme  et de toute femme. Les justes ambitions d’une personne, surtout si elle est  jeune, ne doivent pas être frustrées ni blessées, l’espérance de pouvoir les  réaliser ne doit pas être volée. Cependant, l’ambition ne doit pas être  confondue avec la prévarication. Au contraire, il convient de rivaliser dans  l’estime réciproque (cf. Rm 12, 10). De même, dans les querelles, qui  sont un aspect inévitable de la vie, il faut  toujours se rappeler d’être  frères, et, en conséquence, éduquer et s’éduquer à ne pas considérer le prochain  comme un ennemi ou comme un adversaire à éliminer.

La fraternité génère la paix sociale, parce qu’elle crée un équilibre entre  liberté et justice, entre responsabilité personnelle et solidarité, entre bien  des individus et bien commun. Une communauté politique doit, alors, agir de  manière transparente et responsable pour favoriser tout cela. Les citoyens  doivent se sentir représentés par les pouvoirs publics dans le respect de leur  liberté. Inversement, souvent, entre citoyen et institutions, se glissent des  intérêts de parti qui déforment cette relation, favorisant la création d’un  climat de perpétuel conflit.

Un authentique esprit de fraternité est vainqueur de l’égoïsme individuel qui  empêche les personnes de vivre entre elles librement et  harmonieusement. Cet égoïsme se développe socialement, soit dans les multiples  formes de corruption, aujourd’hui partout répandues, soit dans la formation des  organisations criminelles – des petits groupes jusqu’aux groupes organisés à  l’échelle globale – qui, minant en profondeur la légalité et la justice,  frappent au cœur la dignité de la personne. Ces organisations offensent  gravement Dieu, nuisent aux frères et lèsent la création, et encore plus  lorsqu’elles ont une connotation religieuse.

Je pense au drame déchirant de la drogue sur laquelle on s’enrichit dans le  mépris des lois morales et civiles, à la dévastation des ressources naturelles  et à pollution en cours, à la tragédie de l’exploitation dans le travail. Je  pense aux trafics illicites d’argent comme à la spéculation financière, qui  souvent prend un caractère prédateur et nocif pour des systèmes économiques et  sociaux entiers, exposant des millions d’hommes et de femmes à la pauvreté. Je  pense à la prostitution qui chaque jour fauche des victimes innocentes, surtout  parmi les plus jeunes, leur volant leur avenir. Je pense à l’abomination du  trafic des êtres humains, aux délits et aux abus contre les mineurs, à  l’esclavage qui répand encore son horreur en tant de parties du monde, à la  tragédie souvent pas entendue des migrants sur lesquels on spécule indignement  dans l’illégalité. Jean XXIII a écrit à ce sujet : « Une société fondée  uniquement sur des rapports de force n’aurait rien d’humain : elle comprimerait  nécessairement la liberté des hommes, au lieu d’aider et d’encourager celle-ci à  se développer et à se perfectionner »[17]. Mais l’homme peut se convertir et il ne faut jamais désespérer de la  possibilité de changer de vie. Je voudrais que ce message soit un message de  confiance pour tous, aussi pour ceux qui ont commis des crimes atroces, parce  que Dieu ne veut pas la mort du pêcheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive  (cf. Ez 18, 23).

Dans le vaste contexte de la société humaine, en ce qui concerne le délit et la  peine, on pense aussi aux conditions inhumaines de tant de prisons, où le détenu  est souvent réduit à un état sous-humain, sa dignité d’homme se trouvant violée,  étouffé aussi dans son expression et sa volonté de rachat. L’Église fait  beaucoup dans tous ces domaines, et le plus souvent en silence. J’exhorte et  j’encourage à faire toujours plus, dans l’espérance que de telles actions mises  en œuvre par tant d’hommes et de femmes courageux puissent être toujours plus  loyalement et honnêtement soutenues aussi par les pouvoirs civils.

 

La fraternité aide à garder et à cultiver la nature

 

9. La famille humaine a reçu en commun un don du Créateur : la nature. La vision  chrétienne de la création comporte un jugement positif sur la licéité des  interventions sur la nature pour en tirer bénéfice, à condition d’agir de  manière responsable, c'est-à-dire en en reconnaissant la “grammaire”qui est  inscrite en elle, et en utilisant sagement les ressources au bénéfice de tous,  respectant la beauté, la finalité et l’utilité de chaque être vivant et de sa  fonction dans l’écosystème. Bref, la nature est à notre disposition, et nous  sommes appelés à l’administrer de manière responsable. Par contre, nous sommes  souvent guidés par l’avidité, par l’orgueil de dominer, de posséder, de  manipuler, de tirer profit ; nous ne gardons pas la nature, nous ne la  respectons pas, nous ne la considérons pas comme un don gratuit dont nous devons  prendre soin et mettre au service des frères, y compris les générations futures.

En particulier, le secteur agricole est le secteur productif premier qui  a la vocation vitale de cultiver et de garder les ressources naturelles pour  nourrir l’humanité. À cet égard, la persistance honteuse de la faim dans le  monde m’incite à partager avec vous cette demande : de quelle manière  usons-nous des ressources de la terre ? Les sociétés doivent aujourd’hui  réfléchir sur la hiérarchie des priorités auxquelles on destine la production.  En effet, c’est un devoir contraignant d’utiliser les ressources de la terre de  manière à ce que tous soient délivrés de la faim. Les initiatives et les  solutions possibles sont nombreuses et ne se limitent pas à l’augmentation de la  production. Il est bien connu que celle-ci est actuellement suffisante ; et  pourtant il y a des millions de personnes qui souffrent et meurent de faim, et  ceci est un vrai scandale. Il est donc nécessaire de trouver les moyens pour que  tous puissent bénéficier des fruits de la terre, non seulement pour éviter que  s’élargisse l’écart entre celui qui a plus et celui qui doit se contenter des  miettes, mais aussi et surtout en raison d’une exigence de justice, d’équité et  de respect envers tout être humain. En ce sens, je voudrais rappeler à tous  cette nécessaire destination universelle des biens qui est un des  principes cardinaux de la doctrine sociale de l’Église. Respecter ce principe  est la condition essentielle pour permettre un efficace et équitable accès à ces  biens essentiels et premiers dont tout homme a besoin et a droit.

 

Conclusion

 

10. La fraternité a besoin d’être découverte, aimée, expérimentée, annoncée, et  témoignée. Mais c’est seulement l’amour donné par Dieu qui nous permet  d’accueillir et de vivre pleinement la fraternité.

Le nécessaire réalisme de la politique et de l’économie ne peut se réduire à une  technique privée d’idéal, qui ignore la dimension transcendante de l’homme.  Quand manque cette ouverture à Dieu, toute activité humaine devient plus pauvre  et les personnes sont réduites à un objet dont on tire profit. C’est seulement  si l’on accepte de se déplacer dans le vaste espace assuré par cette ouverture à  Celui qui aime chaque homme et chaque femme, que la politique et l’économie  réussiront à se structurer sur la base d’un authentique esprit de charité  fraternelle et qu’elles pourront être un instrument efficace de développement  humain intégral et de paix.

 

Nous les chrétiens nous croyons que dans l’Église nous sommes tous membres les  uns des autres, tous réciproquement nécessaires, parce qu’à chacun de nous a été  donnée une grâce à la mesure du don du Christ, pour l’utilité commune (cf. Ep 4,  7.25 ; 1Co 12, 7). Le Christ est venu dans le monde pour nous apporter la grâce  divine, c'est-à-dire la possibilité de participer à sa vie. Ceci implique de  tisser une relation fraternelle, empreinte de  réciprocité, de pardon, de don  total de soi, selon la grandeur et la profondeur de l’amour de Dieu offert à  l’humanité par celui qui, crucifié et ressuscité, attire tout à lui : « Je vous  donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je  vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. Ce qui montrera à tous  les hommes que vous êtes mes disciples, c’est l’amour que vous aurez les uns  pour les autres » (Jn 13, 34-35). C’est cette bonne nouvelle qui réclame  de chacun un pas de plus, un exercice persistant d’empathie, d’écoute de la  souffrance et de l’espérance de l’autre, y compris de celui qui est plus loin de  moi, en s’engageant sur le chemin exigeant de l’amour qui sait se donner et se  dépenser gratuitement pour le bien de tout frère et de toute sœur.

Le Christ embrasse tout l’homme et veut qu’aucun ne se perde. « Dieu a envoyé  son fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le  monde soit sauvé » (Jn 3, 17). Il le fait sans opprimer, sans contraindre  personne à lui ouvrir les portes de son cœur et de son esprit. « Le plus grand  d’entre vous doit prendre la place du plus jeune, et celui qui commande, la  place de celui qui sert » – dit Jésus-Christ – « moi je suis au milieu de vous  comme celui qui sert » (Lc 22, 26.27). Toute activité doit être, alors,  contresignée d’une attitude de service des personnes, spécialement celles qui  sont les plus lointaines et les plus inconnues. Le service est l’âme de cette  fraternité qui construit la paix.

Que Marie, Mère de Jésus, nous aide à comprendre et à vivre tous les jours la  fraternité qui surgit du cœur de son Fils, pour porter la paix à tout homme sur  notre terre bien-aimée.

 

Du Vatican, le 8 décembre 2013.

 

[1] Cf. Lett. enc. Caritas in veritate (29 juin 2009),n. 19 : AAS 101 (2009), 654-655.

[2] Cf. François, Lett. enc. Lumen fidei (29 juin 2013),n. 54 :  AAS 105 (2013), 591-592.

[3] Cf. Paul VI, Lett. enc. Populorum progressio (26 mars 1967), n. 87 : AAS 59 (1967), 299.

[4] Cf. Jean-Paul II, Lett. enc. Sollicitudo rei socialis (30 dec 1987), n. 39 : AAS 80 (1988), 566-568.

[5] Lett. enc. Populorum progressio (26 mars 1967), n. 43 : AAS 59 (1967), 278-279.

[6] Cf. ibid., n. 44 : AAS 59 (1967), 279.

[7] Lett. enc. Sollicitudo rei socialis (30 décembre 1987), n. 38 : AAS 80 (1988), 566.

[8] Ibid., nn. 38-39: AAS 80 (1988), 566-567.

[9] Ibid., n. 40 : AAS 80 (1988), 569.

[10] Ibid.

[11] Cf. Lett. enc. Caritas in veritate, (29 juin 2009),n. 19 : AAS 101 (2009), 654-655.

[12] Summa Theologiae II-II, q.66, art 2.

[13] Conc.œcum. Vat.II, Const. past. sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et spes, n.  69. Cf. Léon XIII, Lett. enc. Rerum novarum (15 mai 1891), n. 19 : ASS 23 (1890-1891), 651 ; Jean Paul II,  Lett. enc. Sollicitudo rei socialis (30 décembre 1987), n. 42 : AAS 80  (1988), 573-754 ; Conseil Pontifical Justice et Paix, Compendium de la  doctrine sociale de l’Église, n. 178.

[14] Lett. enc. Redemptor hominis (4 mars 1979), n. 16 : AAS 61 (1979), 290.

[15] Cf. Conseil Pontifical Justice et Paix, Compendium de la doctrine  sociale de l’Église, n.159.

[16] François, Lettre au Président Poutine, 4 septembre 2013 : L’Osservatore Romano,  ed. fr., 12 septembre 2013, p. 5.

[17] Lett. Enc. Pacem in terris (11 avril 1963), n. 17 : AAS 55  (1963), 265.

 


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